Lili, la dame au chapeau
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Beurnonville
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Photo de Sylvain Romand
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Nos rues

Rue Larivey
Rue Larivey

 

Louis Bertrand de l’Académie Française a écrit : "... c’est d’un profil et d’un bouquet vraiment très spécial, toutes ces vieilles rues tassées, affaissées et tortueuses, avec leurs poutres apparentes, leurs étages en surplomb, leurs pignons et leurs toits pointus...".

Les noms de rue confèrent à une ville quelque chose de son originalité. Ils l’empêchent de la confondre avec d’autres cités. Mieux encore, ils disent sa vie à travers les âges, en un mot son histoire, petite ou grande.

Une ordonnance royale de 1752, prescrit de faire lever des plans exacts des principales villes de France.

En effet, à cette époque, il 'est pas facile de se diriger à Troyes.

Les maisons sont désignées par leur proximité d'une autre demeure où pend une enseigne, ou bien par les sculptures au-dessus des portes.

On dit : je demeure " à l'Enseigne de la Truie qui file, à l'Image du Renard qui pêche, à l'Image de Saint-Honoré, Grande Rue devant le Puits en Auvergne, près l'Hôtel du Chaudron, de la Tête noire, de la Limace, de la Toison d'or, du Chat Botté, des Trois Pigeons, de la Grimace... "

Les rues portent les noms des commerces qui s'y pratiquent,: ... rue des Chaudronniers, des Pains-à-Broyer, ruelle Catin (où habitent des filles de mauvaises moeurs), place de l'Etape-au-Vin... 

Mais il y a aussi : rue des Mauvaises Paroles, des Singes-Verts, Torchepot, des Trois Cochons, du Bout du Monde...

Jusqu’à la moitié du XIX° siècle, notre ville conserve jalousement la nomenclature imagée que nos pères lui avaient constituée.

  

A ne pas manquer de se promener, le nez en l’air, dans les rues typiquement champenoises si pittoresques: François Gentil, Viardin, du Marché aux Noix, Larivey, Linard Gontier, Saint Frobert, du Paon, de la Montée des Changes, de Vauluisant, Gambey, Passerat, Général Saussier, de Turenne, de la Trinité, Paillot de Montabert, Brunneval (où se trouve la synagogue et le centre universitaire Rachi), la place du Marché au Pain… et la célèbre Ruelle des Chats. Cette dernière est une des curiosités de Troyes, avec ses maisons à pignons et à étages en encorbellement, qui se sont affaissées et se touchent par leur sommet. Elle est ainsi nommée parce que les maisons se joignant par les toits permettaient aux chats de passer d’un grenier à l’autre. C’est une ruelle qu’aucun touriste ne voudrait manquer à la tradition en n’allant pas la voir, et les Troyens la revoir (les pavés et les bornes sont d’origine).

 

En 1868, la municipalité troyenne fait une réforme importante : sur 345 rue ou places, 33 seulement portent le nom d’individualités, toutes d’ailleurs qualifiées par leur origine locale ou leur relation avec notre ville. 19 rues sont alors dénommées en faveur de personnages, au détriment de vieux souvenirs topographiques, d’enseignes, d’édifices, de métiers. C’est ainsi que la rue des 5 cheminées devient rue de la Paix, la rue du Pied de cochon, rue de Gournay, la rue des 3 crochets, rue Jacques Julyot, la rue du Marché-aux-Trapans (cette grande planche percée de plusieurs trous qui sert à égoutter la feuille dans les papeteries), rue Passerat, la rue du Flacon, des 6 petits écus, des Sonnettes, rue Boucherat… …

Jusqu’en 1940, nos Conseils municipaux ont malheureusement continué de débaptiser de nombreuses rues dont le nom parlait aux Troyens.

Il reste bien la place du Marché-au-pain, la rue du Marché-aux –noix, des Changes, de l’Eau-Bénite, de la Vierge, de la Ganguerie, de la Crosse, de Molesme, du Paon… mais qui sait où se trouvaient les rues de la Chaussetterie, des Chaudronniers, de la Corderie, du Marché aux oignons, de la Poissonnerie, de la Filerie, de la Poulaillerie, de la Ganterie, du Charbon, de la Limace, du Pape jai, du Sauvage, des Singes verts, des 3 Têtes (hôtellerie qui faisait l’angle de la rue de la Monnaie), de la Saulnerie (où l’on vendait le sel), des Mal parlants, du Cheval Rouge (hôtellerie), du Sauvage (hôtellerie du Grand sauvage), des Arquebusiers, de la Clef-d’Or, de l’Etape-au-vin, du Pont-qui-Tremble, du Renard qui prêche (hôtellerie), place Notre-Dame-aux-Nonnains… …

En 1878, notre municipalité défère à M. Thiers l’honneur de patronner la seconde artère de la ville et d’y supplanter les noms de la Corterie-aux-chevaux et de cette rue du Bois où l’usage antique de nos ancêtres était " de faire " !!!!

Puis ce sont les boulevards Victor Hugo, Gambetta, Carnot, Blanqui, Guesde, Danton… les rues Voltaire, Zola, Anatole France… …

Après 1918, Raymond Poincaré expulse la Grande Tannerie, Clemenceau, l’Hôtel de Ville, Colonel Driant, la rue du Beffroi (ce militaire avait profondément marqué son séjour à Troyes et méritait cet honneur, mais était-il nécessaire de lui sacrifier l’une des plus vénérables appellations troyennes ?) Rue Kléber remplace rue Saint-Jacques où était le prieuré, rue Maurice Bouchor (sans relations locales), remplace le nom très ancien de la voie des Maures… …

Si un Troyen se devait de voir perpétuer son avenir, c’était bien l’évêque saint Loup, ce premier défenseur de la cité contre le banditisme d’outre-Rhin. Le fait que le bâtiment principal de l’abbaye royale de Saint-Loup a subsisté justifiait à lui seul le maintien de rue Saint Loup qui datait de la fin du IX° siècle. Mais en 1904, un adjoint au maire de Troyes, socialiste, qui chaque jour, emprunte ce trajet pour aller à son travail, se déclare offusqué de cette appellation, parce que dit-il, il a lu dans un livre que saint Loup s’est fait le complice d’Attila, ce qui afflige son patriotisme. Pendant X siècles, personne ne s’en était scandalisé, et c’est ainsi que saint Loup perd son auréole de libérateur de Troyes et devient rue du Musée ! Voilà la désinformation : oui, Attila, après sa rencontre, passe bientôt à l’admiration pour la vertu de saint Loup, et veut que notre évêque l’accompagne dans sa retraite jusqu’au Rhin. Saint Loup accepte cette offre, car il espère opérer la conversion de ce prince. Le Roi des Huns arrivé sur les bords du Rhin, renvoie saint Loup, et se recommande à ses prières.

Ce n’est qu’en 1994, que le conseil municipal rebaptise du nom de saint Loup, une petite voie insignifiante, derrière l’église Saint-Martin. Il aurait mérité mieux !

A la même séance de 1904, le vote substitue le nom d’Emile Zola à celui de Notre-Dame, porté depuis le X° siècle par une principale artère de la ville. Ce serait après de trop généreuses libations que des jeunes gens parièrent d’obtenir ce changement de vocable.

Ce sont là des épisodes peu glorieux de l’histoire des changements de noms opérés dans notre ville.

 

Troyes a très longtemps " battu monnaie pour les Rois de France ". En 1937, notre rue de la Monnaie depuis 1450, est appelée rue Roger Salengro, au nom de la section troyenne du parti socialiste, du nom du ministre de l’intérieur socialiste qui s’est suicidé à la suite d’une campagne de presse menée contre lui. Heureusement, en 1992, elle est rebaptisée rue de la Monnaie.

En 1906, la rue du Temple est baptisée rue Général Saussier. D’accord, c’est le nom d’un grand militaire troyen, qui a fait un legs à la ville. Mais on aurait pu donner ce nom à une autre rue, car la rue de Temple avait une signification depuis 1186 : les Chevaliers du Temple, les templiers, créés dans notre département, y avaient leur commanderie.

Au XII° siècle, la place Jean Jaurès s’appelait place du Marché au Blé. Une Halle de Bonneterie y est construite en 1837, elle devient donc Place de la Bonneterie, avec un monument aux bienfaiteurs Troyens, où un homme de bronze représentait un ouvrier bonnetier dont le courage et l’habileté ont assuré la réputation mondiale de notre industrie.

La liste est longue !

 

Pourquoi avoir fait disparaître les noms de nos rues qui étaient la mémoire de notre ville ?

Renouvelés trop fréquemment, dictés par les caprices des fluctuations politiques, les changements d’appellation de nos rues équivalent ainsi à une suppression progressive de tout ce qui en faisait l’utilité et l'intérêt.

 

P.S. : peut-être un jour j'oserai vous parler de la rue du Général de Gaulle, lorsqu'elle s'appelait la rue du Bois !! Attention aux chastes oreilles !!!

 

  

Andante Sostenuto From The Violin Sonata In C Major by Wolfgang Amadeus Mozart on Grooveshark

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