« La pure et humble façon de travailler de Charlier coïncide avec la notion de vrai sculpteur, telle que la comprenait le Moyen Âge, et telle que la conçoit la plus moderne interprétation », Roland Holst.
« Indiscutablement Charlier mérite de prendre place dans la lignée des Rodin, des Maillot et des Espiau…», Louis Dumont.
Paul Claudel : « Henri Charlier est un grand tailleur d’images, un de ces artistes suivant le cœur de Dieu dont il est parlé dans les livres Sapientiaux. Sa statue de saint Joseph à la Pierre-qui-Vire est magnifique et j’en ai infiniment apprécié la polychromie ».
Henri Charlier né le 18 avril 1883 à Paris, est un peintre et sculpteur français, considéré comme le plus important artiste chrétien de l'Entre-deux-guerres.
Son père, Charles Charlier, est franc-maçon et violemment anti catholique. Henri n’est donc pas baptisé et élevé en dehors de toute préoccupation religieuse. Durant son enfance et son adolescence, trouvant la vie de Paris étouffante, il passe toutes ses grandes vacances chez ses grands-parents maternels, vignerons à Cheny (Yonne), où son plus grand plaisir est de faire la moisson ou les vendanges avec son grand-père.
Agé de sept ans, Henri Charlier visite avec sa mère le Salon du Palais de l’Industrie, où il découvre un tableau qui fait impression sur lui et qu’il reconnaîtra plus tard pour être l’Ave Picardia nutrix de Puvis de Chavannes. C’est le premier événement ayant marqué sa vocation artistique.
Il étudie le piano dès huit ans. La musique tient une grande place dans sa vie d’artiste. Il fait ses études au lycée Janson-de-Sailly, puis un an de droit, et enfin, libre de suivre son goût, sans passer par les Beaux-arts, il fréquente plusieurs ateliers de peinture, car il veut être peintre.
En 1897, il exécute son premier dessin d’après nature : « le Moulin de Cheny ». En 1899, il est reçu au baccalauréat, et exécute sa première peinture à l’huile la même année.
A 19 ans, Henri Charlier entre dans l’atelier de Jean-Paul Laurens, et continue d’étudier la peinture à l’Académie Colarossi.
A 21 ans, il est nommé professeur suppléant de dessin (diplômé d’Etat) dans les écoles de la Ville de Paris. Il étudie seul dans les académies de Montparnasse et dans son atelier de La Ruche, à Vaugirard, dont le sculpteur Alfred Boucher est le propriétaire. Il fait la connaissance de Rodin, Matisse, Bourdelle.
En 1906, mariage civil avec Émilie Boudard (en littérature, Claude Franchet).
A 30 ans, H. Charlier est choisi par Rodin pour exécuter des fresques qui lui sont commandées par le gouvernement.
En 1913, c’est la conversion, à la suite d’une longue réflexion, et de l’observation de la Grandeur de l’art chrétien du Moyen Age.
Il est amené à faire la connaissance de Charles Péguy, de Jacques Maritain, d’Ernest Psichari. Comme tous ces nouveaux convertis, il fréquente assidûment le monastère Saint-Louis du Temple, des bénédictines de la rue Monsieur, où il se lie avec Dom Poitevin et Dom Besse.
Baptême et mariage religieux le même jour, avec une lettre à Charles Péguy : « Partis dreyfusards comme vous, nous voici catholiques et non point seulement pour notre salut, par crainte de Dieu, mais par amour de Dieu et pour faire une tâche apostolique. »
Il entre à la Société de Saint-Jean en 1914 et expose en 1916 au salon des indépendants mobilisés, durant l'Exposition des Arts Liturgiques. Il rejoint le mouvement de l'Arche, société d’artistes et d’architectes chrétiens.
Pour faire une statue, Charlier se contente de 3 dessins : de face, de profil droit, de profil gauche. Il taille dans la pierre de Pouihenay (Côte-d’Or), ses dessins sous les yeux. Quand il s’agit de sujets de grande taille, il les travaille couchés, car il serait trop fatiguant de tenir les bras constamment levés.
Non seulement il travaille le bois et la pierre, mais il a un four à vitraux. Il fait même des émaux
En 1925, Henri Charlier se retire définitivement avec son épouse au Mesnil-Saint-Loup, village où le Père Emmanuel avait fondé le monastère de la Sainte-Espérance (bénédictins olivétains), « dans l’espoir de m’y convertir » expliquera-t-il lui-même par la suite. Plus tard, devenu habitant du Mesnil, il s'agrège en tant qu'oblat olivétain à cette communauté.
En 1930. Henri Charlier oriente alors son art vers les grands réformateurs Van Gogh, Rodin, Cézanne, Gauguin, et Puvis de Chavannes.
Son œuvre sculpturale est essentiellement religieuse. Il crée de nombreuses statues, objets liturgiques... Ses œuvres sont présentes dans nombre d'églises, surtout celles construites après la Première guerre mondiale. Il exécute de grands monuments aux morts, en taille directe dans la pierre : le « Soldat mort » de Commensacq (Landes), la « Pleureuse » d’Onesse-Laharie (Landes), « L’Ange de l’Apocalypse » d’Acy (Aisne), le « Saint Louis » de la pyramide d’Uza (Landes)… Il sculpte la très grande Sainte-Vierge des monastères de La Pierre-qui-Vire, de Saint-André-les-Bruges (Belgique), des bénédictines de Vannes, aux Roches, N-D. du Bel-Amour, 2 vierges au Magnificat. Il réalise le gisant de Dom Guéranger à Solesme, le Sacré-Cœur de Paray-le-Monial, un chemin de croix en Hollande, un Calvaire à Grenoble, le Christ Roi à Anvers, une statue de Ménehould érigée dans la capitale de l’Argonne, les chapiteaux des églises de Saint-Joseph de La Bourboule, ]de Colombières, de Prunay-Belleville (Aube), le monument de Mgr de Montmorency-Laval (1er évêque du Canada), le tombeau du R.P. Moreau, fondateur de la Congrégation de la Sainte Croix (Le Mans)… et bien entendu, à Troyes, le bas-relief dans le chœur de Saint-Urbain, devant la tombe du Pape Troyen Urbain IV.
Henri Charlier présente au Salon d’Automne (Exposition d’Art Religieux Moderne), sa première “Sainte Jeanne d’Arc (statue de pierre polychrome, taille directe). Celle-ci ayant trouvé un accueil enthousiaste auprès du public, Charlier est nommé sociétaire du Salon d’Automne, où il expose sa première « Sainte Jeanne d’Arc », (statue de pierre polychrome, taille directe), qui trouve un accueil enthousiaste auprès du public. Henri Charlier sculpte un Calvaire pour le cimetière de Ville Saint-Laurent (Canada), une croix (pierre polychrome) pour la tombe de Péguy à Villeroy…
Il fait paraître dans le Bulletin des Missions de l’abbaye Saint- André de Lophem son opuscule Art et missions, étude comparative des arts syrien, égyptien, chinois, grec, africain, russe, et de l’Europe médiévale jusqu’à l’époque moderne. A la lecture de cet opuscule, Paul Claudel écrit : « L’art catholique moderne peut s’enorgueillir de noms comme Charlier, qui fait paraître en ce moment avec une compétence que je n’ai pas… ».
Parmi ses peintures, signalons : 4 saintes à Nogent-sur-Aube, L’atelier de Nazareth, fresque en l’église du Saint-Esprit à Paris, La Mort de saint Joseph à Montréal (Canada), Le coup de lance, fresque à l’abbaye Saint-André-les-Bruges à Lophem (Belgique)
Dans sa maison du Mesnil-Saint-Loup, il forme et accueille de nombreux artistes, dans un style qui vise à débarrasser l'art chrétien du style sulpicien.
Henri Charlier fonde dans ce village, dans les années 30 un atelier de broderie pour des femmes, destiné à l’ornementation liturgique (chasubles, bannières, broderies d’art…).
Il forme un orchestre avec les habitants, auxquels il donne aussi une demi-heure d’enseignement de chant grégorien chaque jour, jusqu’à la fin de sa vie.
En 1934, il est nommé membre associé de la Société Académique de l’Aube.
Henri Charlier décède le 24 décembre 1975 au Mesnil-Saint-Loup.
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