

La Belgique envahie brutalement, l’armée belge bousculée, la marée allemande atteint nos frontières.
C’est le 15 août 1914 que le département de l’Aube voit arriver les premières colonnes de réfugiés. Devant la poussée allemande, arrivent pêle-mêle et en désordre des belges, des ardennais, des meusiens, des marnais. Je ne parlerai que des seuls ardennais, qui sont demeurés dans l’Aube jusqu’à l’Armistice de novembre 1918, puisque les Ardennes ont été en zone occupée pendant les 4 années de guerre. Les colonnes de réfugiés s’étirent le long des routes crayeuses de la Champagne, au grand soleil du mois d’août : chevaux, voitures de toutes natures, surchargées de femmes, d’enfants, de bagages, de colis hétéroclites, et parfois quelques vaches attachées, le tout conduit à la bride par quelques hommes âgés, les jeunes étant aux Armées. Ils colportent des récits tragiques, et devant la fatigue des gens et des bêtes, beaucoup s’arrêtent et se disséminent dans nos villages.
Les Troyens craignent alors de subir le même sort, puisque les allemands sont venus jusqu’au Camp de Mailly.
Nos populations accueillent ces réfugiés tant bien que mal. Un Comité d’accueil est créé à Troyes par Monseigneur l’Evêque, le Préfet, le Maire et d’autres personnalités. Différents locaux libres sont aménagés. Le Cirque est disposé pour abriter des familles, des cantines sont installées dans différents endroits, au nombre de 25, fournissant des repas à plus de 800 personnes inscrites. L’appel du maire et du comité est largement entendu, la population apporte des vêtements, du linge, des chaussures. Les patrons d’usine ou de commerce, devant la désorganisation de leurs entreprises, procurent du travail aux réfugiés, même âgés, aux femmes et aux jeunes filles. Les confections d’effets militaires trouvent là de la main d’œuvre et distribuent des salaires.
Les cultivateurs réfugiés, avec leurs chevaux, trouvent bien vite à s’employer et remplacer les jeunes fermiers mobilisés.
Mais, la question d’argent de tarde pas à se poser. La grosse majorité des réfugiés, persuadée que la guerre ne peut durer que 3 mois au plus, n’ont emporté que le minimum de vêtements, de linge, et quelque argent. Avant de partir, vite un trou dans la cour, une cache, on enfourne l’argenterie peut-être, quelques titres, un souvenir, on rejette la terre, et on prend la route, quitte à emporter un objet inutile. Les quelques louis ou les quelques francs sont vite épuisés. Que faire ? C’est alors qu’intervient à Troyes, la Caisse d’Epargne. Sollicitée par le Comité, elle décide de consentir une avance de 50 francs aux réfugiés munis de leur livret. 800 titulaires de livrets des Ardennes profitent en septembre et octobre de l’avantage offert. Au 15 juillet 1917, le nombre d’avances se monte à 219.429 francs, pour 3.250 personnes. Outre des dons en nature, vêtements, linge, mobilier, ravitaillement, plusieurs caisses de vêtements parviennent des Etats-Unis, le Comité reçoit aussi d’importants dons en espèces, du Comité de secours aux Ardennais, du Secours National.
De son côté, la Fédération des Associations Agricoles se préoccupe de secours pour l’entretien des chevaux, précieux à l’époque, pour la culture.
De son côté, le Ministère de l’Intérieur alloue au préfet pour les réfugiés, 30.000 + 43.000, puis 28.000 francs, sommes auxquelles il y a lieu d’ajouter la valeur des dons en nature recueillis.
En 1916, un recensement fait apparaître le chiffre de 21.000 réfugiés à prédominance ardennaise.
A côté des réfugiés, il faut songer aux chevaux (l’automobile n’existe pas, ou si peu). Les maires du département sont invités à s’occuper des réfugiés et des chevaux. L’Etat prend à sa charge les frais et secours aux nécessiteux ou aux femmes de mobilisés. Des allocations sont fixées par une loi d’octobre 1914 : 1,25 F par jour aux adultes et 0,50 F par enfant. En décembre l’allocation passe à 1,50 F pour les adultes et à 1 F pour les enfants. Quant aux chevaux, les pouvoirs publics décident d’allouer 1,50 F par cheval de novembre à février et 1 F de mars à octobre, avec supplément de 0,25 F pour les chevaux " résidants à Troyes".

Une circulaire de juin 1915, donne les « mesures à prendre contre les mouches ». Il est dit que la mouche est dangereuse et qu’il faut préserver la nourriture, s’opposer à la naissance et à la reproduction, une seule mouche pouvant devenir l’origine d’une centaine de millions de mouches !
Cette situation de réfugiés, pour nos voisins ardennais, se prolonge pendant 4 années, tant et si bien qu’ils s’identifièrent à nous, peu à peu, seul l’accent persistant trahissant leur origine. Un grand nombre prit racine, les jeunes par mariage ou encore pour raison professionnelle, et firent souche dans l’Aube. Par contre, les plus âgés, dès l’Armistice, retournèrent au pays, certains durent attendre la reconstruction.

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