
Il y a 180 ans, était démolie l’église Saint-Aventin. D’après le chanoine-trésorier de la collégiale de Saint-Urbain, " c’était sans contredit, la plus ancienne, remontant au VI° siècle ".
Vers l’an 475, naît Aventin. Il entend parler de saint Loup, évêque de Troyes, de sa science profonde, de son éminente sainteté. Son ambition est d’être compté au nombre de ses disciples.
Saint Camélien succède sur le trône épiscopal de Troyes, au décès de saint Loup. Il connaît le mérite d’Aventin, qui commence à faire des miracles.
Choisissant la solitude, Aventin se bâtit une modeste chaumière derrière les murs de Troyes, près d’une chapelle déserte. Le bruit de ses vertus lui attire une foule de visiteurs.
Il décède en 537. L’évêque de Troyes, saint Vincent, frappé des miracles qui s’opèrent sur son tombeau, le fait reconnaître comme saint, et fait ériger en 540, une église en son honneur. Il va souvent s’agenouiller sur le tombeau du saint, et demande à être inhumé dans cette église (son tombeau a été détruit lors de la Révolution de 1789).
En 1219, la châsse de saint Aventin est ouverte. Le corps est trouvé en bon état.
En 1605, le curé et les habitants de Creney demandent au Chapitre de Saint-Etienne " une portion quelconque du saint solitaire sous l’invocation duquel ils ont placé leur église paroissiale ". Le 7 novembre une côte de saint Aventin est mise au trésor, et le 29, ils en prennent possession avec transport solennel dans leur commune.
En 1641, on détache des restes vénérés, un os de la cuisse " long de 2 palmes (environ 45 cm), pour être donné à sa demande, à la reine de France, pour être placé dans l’église des Religieuses de Paris ".
En 1725, notre évêque Bossuet, permet que " l’on tire un os de l’avant-bras, pour mettre dans la chapelle bâtie à Rome, sur le mont Aventin ". Bossuet en profite pour prendre pour lui, la clavicule, qu’il remet en 1729 à la paroisse auboise de Saint-Aventin-sous-Verrières.
En 1760, les chanoines de la Collégiale Saint-Etienne font faire une nouvelle châsse, pour y placer en 1764 le reste des reliques de saint Aventin " avec plusieurs autres ". Avant de sceller la châsse, on accorde au curé de Saint-Aventin, " une portion d’une fausse côte et une vertèbre des lombes " du saint qui fut donnée à l’évêque de Castres, pour son église.
Que sont devenus les restes précieux de saint Aventin, richement enchâssés dans l’or et la soie ? Jetés au vent en 1794 par le pouvoir révolutionnaire, et la châsse broyée sur ordre de la Convention. Il ne reste aujourd’hui que quelques parcelles de ces reliques.
L’église était d’assez grande dimension, possédait un orgue, une tour-clocher avec de grosses cloches, elle était voûtée. Il y avait 4 autels, dédiés à saint Roch, saint Barnabé, saint Aventin et saint Sébastien.
Lorsque la liberté des cultes fut proclamée sous Louis XVI, elle servit d’asile à l’église réformée, mais elle fut fermée pendant la Terreur, puis vendue comme bien national.
Elle servit successivement de magasin de bois et charbon, et d’atelier de charonnage. En 1833, elle est démolie.
L’abbé Fardeau, dernier curé de Saint-Aventin, est la seconde victime des fureurs révolutionnaires, après notre maire Claude Huez.
Il passe le 20 août 1792, sur le pont du moulin de la Tour. Des femmes au lavoir le reconnaîssent et font des huées et le signalent comme prêtre à des soldats. Pris au collet, ils veulent lui faire dire : Vive la Nation ! L’abbé s’y refuse.
Alors ils l’accablent de coups, " et l’un d’eux lui tranche la tête, qu’ils placent au bout d’une pique et parcourent tous les quartiers de la ville avec ce sanglant trophée de leur barbarie ".
Ses assassins ne furent jamais recherchés.
C’est ainsi que finirent les destinées de la paroisse de Saint-Aventin.
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