On prétend que le château de Chacenay ou Chasseney, en terre viticole, est le plus beau des châteaux de l’Aube.
C’est l’une des rares curiosités féodales du département de l’Aube.
On trouve d’authentiques morceaux du XII° au XVII° siècle.
L’image de Chacenay est tellement répandue, dans des encadrements de toutes proportions, que le château est connu, même de ceux qui n’y sont jamais allés.
Le château est élevé sur un promontoire formé par 2 ravins qui se réunissent à ses pieds et dont les eaux se jettent dans le ruisseau de l’Arce.
Ces positions, fortifiées par la nature sont, avant les temps féodaux, des lieux occupés par les Romains et au-delà par les Gaulois.
Un château existe déjà à Chacenay en 1120.
Il y a eu 2 seigneuries , d’où l’importance des constructions : le château du Donjon d’une part, et celui des Tours Sainte Parise d’autre part.
La forteresse de Chacenay, au Moyen-Age, est redoutable entre toutes. Les luttes y sont terrifiantes. Elle est plusieurs fois démolie et plusieurs fois reconstruite. Les pierres redressées les unes sur les autres proviennent de la même carrière féodale accumulée par les destructions, au pied de l’échelle des maçons.
En ces temps reculés, les seigneurs trouvent que tous les prétextes sont bons pour se battre contre n’importe qui. Ils vouent leur vie à cette lutte avec plaisir et témérité. Les noms de Blanche de Navarre, Milon de Chacenay, Erard de Brienne, illustrent ces combats incessants. Ils se battent pour de grandes causes aussi bien que pour des différends de justice de paix.
On a vu, lors d’un héritage difficile, Chacenay coupé en deux, comme une galette, par Suger, promu au rang d’arbitre.
Ce sont des brigandages sans cesse renouvelés, des retournements déconcertants d’alliances, des intérêts plus ou moins mesquins, des trahisons continuelles.
Les plus vénérables témoins du passé sont les deux grosses tours Sainte Parise qui portent le nom de Galas de Salazar. Nous ne savons pas qui est cette sainte dont ne nous parlent pas les hagiographes.
En 1474, le Donjon de Chacenay, dont la propriétaire, Jeanne de Choiseul, suit le parti de Charles le Téméraire, est assiégé, pris d’assaut et en partie ruiné par Léger de Dinteville, au nom de Louis XI.
On le relève de ses ruines, mais les Tours Sainte Parise restent à l’abandon, parce que dès cette époque les seigneurs de ce fief cessent d’y habiter.
Le rétablissement du château du Donjon est d’ailleurs assez lent : en 1503, on le dit encore en ruine.
Galas de Salazar fait faire quelques réparations qui sont sans doute peu importantes, car, en 1545, on continue à dire qu’il est en ruine.
Les Dinteville, qui ont acquis la baronnie en 1551 y font de sérieuses réparations.
Pendant la Révolution, M. de Plancy reçoit l’ordre d’abattre le Donjon, mais il n’en démolit que les 2/3.
La restauration entreprise par MM. Edmond et Arthur Bertherand dure 6 ans, de 1852 à 1858.
Le Donjon proprement dit n’est pas rétabli, mais on a réparé l’ancienne porte du midi avec son pont-levis.
Le corps de logis est remis complètement à neuf.
On trouve d’authentiques morceaux échelonnés du XII° au XVII° siècle.
Histoire ou légende, les gens du pays parlent de Mélusine de Broye, qui se promène la nuit sur les tours Sainte Parise. Cette femme d’Erard de Chacenay avait salué son mari partant sur son destrier pour la Terre Sainte. Pendant son absence, elle devait mener les affaires en se conformant strictement à ses recommandations, car le maître était autoritaire.
Mais, dès qu’il fut hors de vue, elle s’affranchit de toutes ses promesses. Elle aussi voulait gouverner à sa guise. Et même, comble d’indépendance, elle se donne des soins de beauté que son farouche époux considérait comme un luxe coupable. Au retour du Croisé, le désaccord éclate violemment et Mélusine perd ses droits. Comme elle veut avoir le dernier mot, elle revient la nuit dans ces lieux pour réclamer à grands cris et à grands gestes son autorité écartée. Ceux qui croient l’entendre la nuit disent :
« Celui qui l’a vue une fois ne peut plus en dormir. Qui l’a entendue une fois ne peut plus que l’écouter. Ses cris et ses soupirs ne s’oublient plus ».
La nuit lui appartient, elle s’y retrouve sans rivale, dame de Chacenay, comme autrefois.
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